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Chaque lundi soir, sur lundimatin, une discussion, une rencontre, un débat...

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Kamel Daoudi - Assigné à résistance
Kamel Daoudi - Assigné à résistance
Kamel Daoudi est le plus ancien assigné à résidence de France. Depuis 14 ans, il ne peut quitter la commune où on l’assigne, doit pointer deux, trois ou quatre fois par jour au commissariat et respecter, chaque soir, un couvre-feu. Interpelé au lendemain du 11 septembre 2001, il est soupçonné d’appartenir à une association de malfaiteur qui aurait projeté de s’en prendre à des intérêts américains. Beaucoup a déjà été dit et écrit sur le fonctionnement et la probité de l’antiterrorisme de ces années-là. Condamné à 6 années de détention, la justice le déchoit aussi de sa nationalité et ordonne son expulsion vers l’Algérie. Cependant, la Commission Européenne des Droits de l’Homme, bloque l’application de cette mesure, M. Daoudi se retrouve donc, avec toute sa famille, dans les limbes de la citoyenneté. Indésirable aux vues des autorités mais inexpulsable légalement, il va devenir l’objet d’une expérimentation inédite de la part du ministère de l’Intérieur : irréprochable devant la loi, sa peine effectuée, il s’agit de le laisser libre tout en réduisant au maximum cette liberté, de le laisser vivre tout en lui rendant la vie impossible. 14 années d’assignation, donc, soit plus de 5135 jours, 26 160 pointages et plus de 58 359 kilomètres parcourus pour s’y rendre, c’est-à-dire une fois et demi la circonférence de la Terre, sans jamais franchir les limites de sa ville d’assignation.Cette épopée, il la raconte dans un livre paru ce 13 mai aux éditions du bout de la ville et intitulé « Je suis libre... dans le périmètre qu’on m’assigne ». Nous sommes allés le rencontrer à Aurillac pour en parler.
May 16 2022
1 hr 12 mins
Ouvrir grandes les vannes de la psychiatrie ! Une conversation avec Martine Deyres, réalisatrice de Les Heures heureuses.
La savante composition du film s’accorde parfaitement avec son sujet. A partir des bobines de films retrouvées dans la bibliothèque de Saint Alban, Martine Deyres nous fait voir, nous fait sentir ce que fut la vie dans le désormais légendaire hôpital. Comment des psychiatres liés à la révolutions catalane et à la Résistance trouvèrent des manières de rompre avec les logiques asilaires qui conduisirent à la mort des dizaines de milliers d’internés psychiatriques, pendant l’Occupation.On y retrouve des patients, des paysans, des nonnes, des villageois devenus des infirmières et infirmiers. On y retrouve bien sûr les voix du Catalan Francesc Tosquelles, du couple Balvet, de Lucien Bonnafé, de Jean Oury... On entend parler de Georges Canguilhem, de Paul Eluard, de Georges Dubuffet... Mais on y retrouve aussi des paysages, des processions, des fêtes votives comme des carnavals, des travaux des champs, des élevages, une imprimerie, des ateliers, un journal interne à l’hôpital fait avec les patients...Ce film ne verse pas dans l’hagiographie, ne veut pas conforter le caractère légendaire de la psychothérapie institutionnelle dont le travail de Tosquelles à Saint Alban en fut le berceau. Il nous invite à penser ce que pourrait être aujourd’hui une psychiatrie qui s’ouvre à son dehors malgré l’implosion du secteur psychiatrique.Il y a aujourd’hui le désinvestissement de l’État dans l’hôpital, la gestion managériale de celui-ci conduisant à un cruel manque de moyens. Mais ce que nous apprend Tosquelles, lorsqu’on songe à l’état du monde asilaire sous l’occupation qui fit des hôpitaux des mouroirs, c’est que la psychiatrie peut se réinventer en se sortant elle-même de son propre enfermement...
May 2 2022
1 hr 22 mins
Louisa Yousfi : La barbarie n'est jamais finieVirginia Woolf, le féminisme et la guerre - Avec Naomi TothFrançafrique : l'empire qui ne voulait pas mourir - avec Thomas Deltombe et Thomas BorrelÉtat des luttes en Guadeloupe - Rencontre avec Elie Domota
Depuis la métropole, la Guadeloupe est d’abord connue pour ses magnifiques plages de sable blanc et les hordes de retraités ou vacanciers qui viennent s’y étaler pour bronzer. En réalité, c’est certainement l’un des territoires « français » où la contestation de l’ordre des choses et du monde est la plus dense et la plus intense. On se souvient que de janvier à mars 2009, l’île connaissait un mouvement de grève générale et de blocages sans précédent. À l’initiative, le LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon), un mouvement indépendantiste regroupant une cinquantaine d’organisations syndicales, associatives, politiques et culturelles qui s’est depuis imposé comme la première force politique de Guadeloupe. Cette dernière année, un large mouvement de contestation de la politique sanitaire française s’est déployé dans l’île. Après de nombreuses manifestations populaires contre le passe sanitaire, la radiation de centaines de professionnels de santé et face au mépris ostensible du gouvernement, le mouvement a de nouveau recouru au blocage de toutes les routes en novembre et décembre. Pour ce lundisoir, nous sommes allés à Pointe-à-Pitre rencontrer Elie Domota, secrétaire général de l’Union Général des Travailleurs de Guadeloupe et porte-parole du LKP afin de receuillir son analyse des évènements récents et de la mobilisation en cours. [Nous avons rencontré quelques difficultés techniques lors de cet entretien. Nous nous excusons pour la piètre qualité de l'enregistrement audio. Tendez l'oreille!]
Mar 14 2022
1 hr
Ukraine - Une discussion avec Anne Le Huérou, Perrine Poupin et Coline Maestracci
Près de 15 jours après les premières offensives russes en Ukraine, la guerre sature nos espaces publics. Plane dans tous les esprits la menace d’une troisième guerre mondiale d’autant plus terrible qu’elle serait nucléaire. L’anxiété collective conduit à des mouvements de soutien paniqué et souvent non-assuré quant à savoir quoi penser sur ce qui est en train de nous arriver et ce que nous sommes en train de devenir.Le traitement médiatique et politique ne surprend guère. S’affronte l’axe du bien de l’impérialisme démocrate occidental contre l’axe du mal incarné par l’empire russe fascisant mené par un Président dont on pense qu’il serait devenu toujours plus délirant. Dans ce face à face diplomatique qui dure depuis des années, le Président Vladimir Poutine envahit l’Ukraine. Il engage une guerre d’une intensité inégalée en Europe depuis de nombreuses années. Ses forces éminemment puissantes d’un point de vue militaire se heurtent à une résistance tout aussi insoupçonnée qu’obstinée du peuple ukrainien. Les images sont scandaleuses mais fascinantes : Nombre de civils ukrainiens se dressent « malgré tout » : en opposant leurs corps à des chars, en manifestant, en balançant quelques cocktails Molotov sur les blindés, en prenant les armes. Ce retour de la guerre en Europe après la Bosnie, le Kosovo sidère. Mais l’accablement ne suffit jamais.Ce lundisoir tente d’interroger cette guerre en examinant les forces sociales en présence de part et d’autre. Les commentaires qui prévalent jusqu’à-là ne manquent pas de disserter sur les enjeux géopolitiques, les relations internationales et s’hasardent à quelques flous pronostics sur les issues possibles d’un tel conflit. Mais la guerre n’est pas qu’un jeu de nations. Elle engage des peuples, des personnes ordinaires, des mouvements civils qui s’y opposent ou qui s’y joignent. Elle est faite d’affects, d’espoirs politiques, de peurs et de désorientations tant l’effondrement de leur monde engagé depuis tant de temps prend aujourd’hui une forme sinistrement concrète. Elle est aussi affaire de positions : assumer en raison où l’on apporte son soutien. Enfin, elle appelle à réfléchir les racines profondes de ces tentations guerrières. Force est de reconnaître que la guerre économique à coup de politiques étrangères tantôt grossières tantôt obscures devient aujourd’hui une guerre physique dont il n’y a guère à attendre d’apaisement durable. Dans ses jours les plus dramatiques, la nuit est la plus profonde avant l’aube.Plutôt que d’affirmer un jugement clair sur ce qui est en train de nous arriver, il nous faut encore clarifier et tenter de saisir la teneur des rapports de force, les aspirations sociales qui se manifestent dans les camps ukrainiens et russes. Pour nous aider à clarifier la situation, nous avons demandé à trois spécialistes de la région de débattre sur leur compréhension de la guerre en Ukraine.
Mar 7 2022
1 hr 32 mins
Comment la pensée logistique gouverne le monde - Mathieu QuetLa psychiatrie et ses folies - Mathieu BellahsenLa vie en plastique, une anthropologie des déchets avec Mikaëla Le MeurDéserter la justiceAnthropologie, littérature et bouts du monde - Les états d’âme d’Eric Chauvier[Geneviève Pruvost] La puissance du quotidien : féminisme, subsistance et « alternatives »Norman Ajari : Afropessimisme, fin du monde et communisme noir
Dans son poème The second coming, William B. Yeats décrit la fin de notre temps. Le faucon n’entend plus le fauconnier, le centre ne tient plus, tout se disloque. La vague teintée de sang se répand et partout, la cérémonie de l’innocence se noie. Les meilleurs ne croient plus en rien, pendant que les pires se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises. Norman Ajari n’est pas poète, il est philosophe, mais il parle dans le fond de la même chose que Yeats. Les polémiques suscitées avec beaucoup d’entrain par la réaction française autour du « wokisme », de la pensée « décoloniale » et de « l’indigénisme » sont généralement considérées pour ce qu’elles sont : des démonstrations de bêtise un peu gênantes qui font néanmoins et efficacement office de diversion politique autant que de passerelle vers l’électorat faisandé de l’extrême droite. Mais elles ne sont peut-être pas que cela. Il faut concéder une intuition juste aux réactionnaires : leur monde s’échappe, le centre ne tient plus et tout le petit cirque de l’innocence touche à sa fin. À la suite de La dignité ou la mort (La Découverte), Norman Ajari vient de publier Noirceur (Divergences), livre dans lequel il se fait le passeur d’un courant de pensée et des débats qui l’animent : l’afropessimisme. Essentiellement présente aux États-Unis et encore très peu traduite en français, cette « pensée » est peut-être d’abord une stratégie : ne rien attendre. Parce que la dette de l’esclavage et de ce qui en perdure est inexpugnable, parce que la civilisation ne sera jamais autre chose que sa domination propre, ne plus y croire, sauf à sa fin. Noirceur tente de tracer une ligne, du refus de l’intégration et de la reconnaissance identitaire, fonder l’autonomie et viser le communisme. De l’un à l’autre un seul obstacle : le monde tel qu’il s’effondre. C’est ce dont nous discutons ce lundisoir.
Jan 17 2022
1 hr 44 mins
Contre-pouvoirs habitants en Métropole [GRAPE]L’étrange et folle aventure de nos objets quotidiens - Jeanne Guien, Gil Bartholeyns et Manuel Charpy
Grilles-pains, machines à coudre, gobelets, déodorants, smartphones et tant d’autres objets disparates envahissent nos vies ordinaires, saturent nos espaces domestiques, transforment nos manières de faire et s’entassent dans les recoins les plus étroits de nos logements. Il y a sans doute intérêt à en faire leur histoire ; à saisir par quels processus ils se sont imposés dans la vie ordinaire jusqu’à devenir tout à fait banals. Alors qu’ils sont devenus souvent nécessaires à la vie,  nous n’avons guère leur intelligence : nous n’en comprenons que peu leur fonctionnement et nous sommes généralement empêchés de les réparer si bien qu’ils nous placent dans des situations concrètes et ordinaires de dépossession. Ce soir, trois invités viennent débattre de ces questions autour de leurs récents ouvrages : Jeanne Guien (2021) publie aux éditions divergences Le consumérisme à travers ses objets. Gobelets, vitrines, mouchoirs, smartphone et déodorants tandis que Gil Bartholens et Manuel Charpy sortent L’étrange et folle aventure du grille-pain, de la machine à coudre et de ceux qui s’en servent aux éditions Premiers parallèles (2021). Ces deux ouvrages ouvrent de passionnantes réflexions sur la façon dont ces objets norment nos corps, forment nos subjectivités ou renforcent la distribution sexuée du travail domestique. Mais plus massivement encore, ils aident à penser les mutations du capitalisme et du consumérisme dont la vocation première est de s’étendre et coloniser nos vies ordinaires jusqu’à placer chacun sous des formes multiples de dépendance. C’est ainsi que cette histoire de ces objets banals aide à mieux comprendre notre époque et ses aliénations ordinaires. Mais Jeanne Guien, Gil Bartholens et Manuel Charpy ne se contentent pas de poser un diagnostic sur notre époque ; ils tracent également d’heureuses perspectives pour réfléchir des pratiques de résistance et pour questionner les façons de se libérer de ce quotidien colonisé.
Jan 3 2022
1 hr 41 mins
Puissance du féminisme, histoires et transmissions
Cela faisait un moment que nous voulions, à lundisoir, parler de féminisme. Mais c’était pas évident de trouver les bonnes coordonnées au cœur d’une question à la fois aussi vaste et intime. D’un côté il y a ce phénomène désormais médiatique : la libération de la parole des femmes. Et oui ça y est, les femmes ont appris à parler, il leur arrive même de déposer plainte, de signer des tribunes, voire de coller des affiches. À cela on pourrait être tentés de répondre : les femmes ont toujours parlé, il n’y avait juste pas grand monde qui écoutait, à peu près aucun média pour leur donner de l’écho. Ou encore : parler ne sera jamais suffisant. Les mots, les témoignages, ne sauront jamais être une riposte à la mesure de tous les coups que nous avons pris et continuons de prendre.Et puis il y a aussi ce bruit permanent, ces acouphènes interminables que l’on ressent : tout le monde parle désormais de féminisme, tout le temps. Et tout le monde a son petit mot à dire sur la question, soit pour geindre de l’apocalypse matriarcal final (lol), soit pour se valoriser personnellement d’en être la plus belle et pure représentante. Des codes, de l’entre-soi et cet épuisant besoin de reconnaissance.On a donc voulu essayer de contourner tout ça ou peut-être de trouver quelques raccourcis. L’idée c’était d’ouvrir une discussion avec des femmes qui nous semblaient avoir quelques idées de méthode ou des pistes de réflexions pour dégommer le patriarcat.Trouver le ton, l’angle, les mots n’est pas simple. Comment parler de moyens alors qu’on ne sait même pas si l’on vise la même chose ? Mais aussi : comment déterminer des fins alors que le geste prescriptif est une des marques de fabrique du même patriarcat qu’il s’agit de démolir ?On a lancé un paquet d’invitations et on s’est dit qu’on allait laisser les micros enregistrer, que ça s’improviserait et qu’on avait suffisamment confiance en et entre nous pour s’épargner une direction. Beaucoup n’ont pas pu se joindre pour cette émission mais beaucoup sont venu.e.s aussi.Bref, on a tenté un truc, et il a été difficile pour certaines de participer, et pour d’autres de se taire, pas évident pour certaines de déborder, et pour d’autres de rester en place - mais on a essayé de clarifier quelques enjeux, évité quelques questions qui nous semblaient peut être trop lointaines.Qu’est-ce qu’une pratique féministe ? Comment sortir d’une position purement défensive ? Comment contrer celles (pratiques comme positions) qui nous affaiblissent ? Et donc : poser la question de notre propre puissance. Ce sont à peu près les coordonnées que nous avons retenues de cette première rencontre qui en appelle évidemment d’autres (on va pas tarder à envoyer de nouvelles invitations).Ce lundisoir, on a donc parlé de transmission, d’alliances, et de comment défoncer des ronces avec des pelles.
Dec 20 2021
2 hrs 11 mins
Fondation Luma : l'art qui cache la forêtRomain Huët - De si violentes fatigues, les devenirs politiques de l’épuisement quotidienCharles Stépanoff - L'animal et la mort - Chasses, modernité et crise du sauvage